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Code toujours, tu m’intéresses

Enquête

Code toujours, tu m’intéresses

 

Depuis octobre 2013, Simplon.co forme gratuitement en six mois des adultes aux métiers du web, développeur en tête de liste. La formation accélérée et sa philosophie ont fait des petits en France et à l’international.

Tout va vite chez Simplon.co. A peine dix-huit mois d’existence que la « fabrique accélérée de développeur et de projets numériques » a déjà essaimé des antennes à Villeneuve-la-Garenne (92), La Loupe (28) et Cluj, en Roumanie. Dans les locaux de 250 mètres carrées d’une ancienne usine de ballons de baudruche, à Montreuil (93), on ne perd pas de temps non plus.

Depuis sa première rentrée à l’automne 2013, Simplon.co a accueilli trois promotions de vingt-quatre personnes de 18 à 54 ans, sans niveau de diplôme requis. Pendant six mois « hyper intensifs », les recrues « apprennent la programmation comme on apprend le mieux une langue étrangère : en immersion dans un pays où l’on ne parle que cette langue », explique Frédéric Bardeau, président de Simplon.co, auteur de « Lire, écrire, compter, coder » (FYP, 2014).

Les membres de la formation « mangent du code matin, midi et soir ». Cours le matin en groupe, travail en binôme sur un ordinateur l’après-midi sur des exercices de codes, rencontre avec des développeurs et des entrepreneurs du monde des start-ups le soir, « hackathon » (concours de code à vitesse limité), le week-end… Le programme, costaud, vise à former en six mois des développeurs juniors prêts à intégrer une entreprise. Un métier sollicité sur le marché du travail, car, comme le souligne Frédéric Bardeau, « chaque année, nous manquons en France de 50 000 développeurs. En Europe, le chiffre est de 900 000 ».

« Intellectuellement, le code est très stimulant car on résout plein de petits problèmes tous les jours »

 

Avec près de 250 dossiers reçus pour composer sa première promotion en 2013, c’est désormais entre 500 et 1000 candidatures qui sont adressées à l’équipe de Simplon grâce, entre autres, à de bonnes retombées presse. Les « élèves » sont sélectionnés sur motivation, après un test en code pour débutants. A compétences égales, la priorité est donnée aux « personnes plus « défavorisées », jeunes des quartiers populaires, demandeurs d’emploi ou allocataires de minima sociaux ou sous-représentées dans le milieu informatique », indique le président de Simplon.co. Les promos moitié filles-moitié garçons, visent à ne pas reproduire la « misogynie forte » du milieu informatique. Pas « d’ultra geeks » ou de « loups solitaires » garantit l’homme à la tête de l’entreprise sociale. Plutôt des recrues, qui, comme Anne-Marie, 39 ans, ex-disquaire, « s’éclate » en apprenant le Ruby, PHP ou Python. « Intellectuellement, le code est très stimulant car on résout plein de petits problèmes tous les jours », poursuit Anne-Marie.

« L’école » Simplon.co s’inspire des « Dev Boots Camps », de la Silicon Valley : des sessions d’entraînement courtes, mais intensives, dans le monde du code. Contrairement aux frais des formations américaines de l’ordre de 10 000 dollars, l’école est 100% gratuite. Le financement est assuré avec les sponsors, les subventions, les formations en entreprise et l’organisation d’événements comme les hackathons.

Ce sont deux anciens étudiants de Frédéric Bardeau, alors intervenant au Celsa, une école de communication et de journalisme, qui lui exposent l’idée d’une formation intensive en informatique pour des publics plus défavorisés. Cinq mois plus tard, Simplon naît en tant qu’entreprise sociale et solidaire. Un de ces deux « créateurs » vêtu d’un tee-shirt HTML 5 forme en cette matinée la future responsable de l’antenne de Johannesbourg, en Afrique du Sud qui ouvrira en février 2015. Car la méthode Simplon : auto-apprentissage, « test and learn », travail en groupe ou en binôme, s’exporte bien. En février prochain, des formations débuteront à Marseille, en Guadeloupe et peut-être à Lyon.

Le code comme tremplin pour l'emploi

Tout est allé vite à Simplon. Parmi les anciens élèves, 80% sont actuellement en poste en CDD ou CDI en entreprise, alors que les autres travaillent en freelance sur leur projet. « Pas dans des sociétés à la Microsoft, certes : une partie de nos recrues ne passent pas les recrutements RH, faute de diplômes ».  Mais dans de « belles boîtes », convient Frédéric Bardeau. Actuellement en formation à Montreuil, Benoît, 28 ans, ancien ingénieur du son, se réjouit : « dans les salons, maintenant, ce sont les sociétés qui viennent vers vous. Moi qui ai énormément cherché du travail avant, c’est agréable. Je n’ai jamais vu autant d’offres d’emploi que dans le web ou l’informatique. Et les recruteurs sont beaucoup plus sensibles à la génération qui arrive. »

 

 Marie Dagman

 

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